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Thursday 13th of August 2020
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Esthétique et littérature coranique : lectures, prose et poétique du Coran

Esthétique et littérature coranique : lectures, prose et poétique du Coran

La question de l'esthétique est une question philosophique essentielle lorsqu'elle aborde la littérature coranique.

Les philologues arabo-musulmans, linguistes et grammairiens, étaient déjà partagés entre différentes tendances à propos de la présence de l'esthétique dans le texte coranique, de son origine, de son rôle, de sa nature et enfin des formes qu'elle prend. Les interprètes et traducteurs du texte coranique ont été plus ou moins sensibles à ces questions. Partir de quelques procédés linguistiques, tels que les phénomènes de polysémie et de synonymie, permet tout d'abord d'aborder quelques unes des bases de l'esthétique coranique. C'est ensuite en interrogeant les liens entre l'esthétique et le « miracle coranique » que l'on en arrive à détecter les natures du texte coranique et à en montrer le côté poétique et littéraire. Cela invite enfin à replonger aux sources antéislamiques de cette esthétique pour mieux montrer la multiplicité des formes dans les lectures coraniques.
1. Polysémie et synonymie aux sources de l'esthétique
La richesse des sens portés par la langue arabe est considérée, en elle-même, comme venant produire de l'esthétique. Les lettrés arabes se sont donc très tôt penchés sur certains procédés linguistiques qui permettaient la multiplication des sens.
1.1 Polysémie et esthétique
Certains linguistes étaient partisans de considérer la présence du phénomène polysémique à travers les vocables coraniques comme signe de richesse esthétique de ce texte. C'est pourquoi ils ont mené des recherches spécialisées pour mettre en valeur ce phénomène. Chajari (né en 1058, mort en 1148) peut être considéré comme un des pionniers des recherches sur les mots polysémiques. Il a classé tous les mots qu'il a considérés comme polysémiques dans son ouvrage Mat-tafaqa lafzuhu wakh talafa maanahu et a sélectionné 1313 mots polysémiques à partir de la poésie arabe, du Coran et des hadiths. Anbâri, Séjistâni et Sikkayt, se sont spécialisés dans la recherche des mots polysémiques de sens opposés « homonymie des opposés », ces vocables pouvant alors être considérés comme un signe esthétique exceptionnel, autant dans la langue arabe que dans le texte coranique. Anbâri en a ainsi sélectionné 296 dans le Coran et les hadiths, Sijistâni 191 et Sikkayt 93. Parmi ces savants fervents de l'homonymie des opposés, on trouve aussi Abi Abdullah Al Ansâri, Ibn Khalawayih, et Attâj As Sibki. Ils prouvent tout à la fois l'existence de la forme antonymique et les relations qu'elle entretient avec la richesse esthétique et stylistique de l'arabe coranique. Sakkâki, lui, parle de « science des multiples significations », en arabe ‘ilmu taadudi l-maâni, tout en considérant que ces multiples significations sont la marque d'un grand raffinement stylistique.
Le procédé de la synonymie, repéré comme étant une figure particulière de la polysémie, fait alors, lui aussi, l'objet d'attentions spéciales.
1. 2 Synonymie et esthétique
Ibrâhim Anis explique qu'en 400 de l'Hégire, les linguistes arabes étaient divisés en deux grandes écoles sur la question des liens entre « synonymes et beauté linguistique », al-mutaradifât wa jamâl al lugha. Si certains trouvaient que la synonymie était plutôt un handicap pour la langue arabe, une grande majorité d'entre eux pensait qu'elle en était au contraire une force indéniable et ils étaient attachés à la valoriser. Ibn khalawyh cite ainsi cinquante synonymes pour l'épée. Al-Kayia montre, lui aussi, la richesse stylistique de la langue par le nombre de synonymes attribués à un seul nom. Il prend l'exemple du lion qui porte plus d'une centaine d'appellations (asad, sabi', layth, etc.). Finalement, Ibrâhim Anis insiste sur le fait que les bédouins mesuraient la maîtrise de leur langue et leur degré de raffinement esthétique à l'étendue du nombre de synonymes qu'ils connaissaient et pouvaient employer. Le débat a été très vite porté sur le plan théologique avec des réflexions autour de l'appellation des 99 noms de Dieu, les plus beaux. La mystique pouvait-elle se nourrir de l'esthétique en multipliant les noms de Dieu ou devait-elle sacrifier la synonymie sur l'autel d'une unicité excluant l'interchangeabilité ? Les 99 noms de Dieu, sélectionnés pour magnifier Dieu, devaient-ils être considérés comme interchangeables, donc comme des synonymes, ou devaient-ils être considérés comme inchangeables, chaque mot qualifiant Dieu ayant alors un sens plein, unique et non interchangeable ? A mi-chemin entre ces deux options, le philosophe Ar-Râzi acceptait le concept de synonyme à condition qu'il n'y ait pas de variation importante de sens. La question du sens vient donc nécessairement interférer avec celle de l'esthétique et invite à s'interroger sur la nature même de l'écriture coranique.
2. Poétique de la langue arabe et du texte coranique : l'esthétique participe-t-elle au « miracle coranique » ?
La question du miracle coranique invite à de nombreuses interrogations au sujet de la place de la poésie, et donc de l'esthétique littéraire, dans un texte souvent considéré comme sacré.
2.1 Esthétique et « miracle coranique »
Le style coranique a été expliqué par les uns comme « miracle ultime ». Le miracle coranique serait alors lié au fait que le Coran aurait été fixé, à l'époque de sa révélation, dans un style inimitable. D'autres estiment que l'esthétique même de son écriture participe du miracle.
Un certain nombre de linguistes et théologiens pensent ainsi que les versets coraniques riment, tout comme les vers d'un poème. Pour eux, l'esthétique du Coran réside dans ces versets qui chantent et qui riment. Georges khodr pense que le Coran a été rédigé dans le plus beau style de toutes les périodes littéraires. Il écrit qu'il leur « arrive parfois, entre chrétiens, de discuter [de leurs] préférences stylistiques dans le texte coranique [et par conséquent que] l'arabité culturelle existe [... que cette] sensibilité arabe commune vient fondamentalement de l'Islam, et [que] l'Islam reste manifestement un phénomène linguistique. [Ce serait alors] en connexion avec lui que le témoignage [deviendrait] plus fort ». Il estime alors que c'est dans ce contexte que « l'Eglise d'Antioche uniquement constituée d'arabes [a été] plus particulièrement douée pour transmettre le message de l'Evangile aux musulmans ».

 


source : www.iqna.ir
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