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Saturday 16th of December 2017
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Visite des quarante à Kerbela


Qu’arrive-t-il lorsque plus de 6 M. de touristes sont réunis dans une petite ville?

 

Kerbela est l’une des villes religieuses musulmanes la plus visitée annuellement, particulièrement des visites saisonnières qui sont au nombre d’une dizaine. La plupart attirent plus d’un million de visiteurs. Certaines s’effectuent le jour, d’autres la nuit. Il y a aussi les visites hebdomadaires, appelées “visites de la veille du vendredi”, où affluent entre 750 000 à 1 million de personnes. Mais, la visite qui connaît la plus forte affluence et les préparatifs les plus importants pour les habitants de la ville, et pour les visiteurs, est la visite appelée “visite des quarante”, qui coïncide avec le 20 du mois de Safar de l’Hégire et pendant laquelle cette petite ville accueille durant une semaine, plus de 6 millions de visiteurs, de l’Irak et de l'extérieur.

 
Origines historiques de la visite


Les sources historiques indiquent que le Compagnon du Prophète Jaber Ben Abdullah Ben Hazzam El Ansari est le premier à avoir visité le tombeau d’Al Hussein, à Kerbela, en compagnie de Moulah  Attiya Al-Oufi, en l’an 61 de l’Hégire, à l’occasion de la première commémoration du quarantième jour du martyre du petit fils du Prophète (PSL).


Après son arrivée à Kerbela, il s’était baigné à l’Euphrate, s’était parfumé et se dirigea vers la tombe du défunt, où il prononça des propos de deuil à l’endroit de Al Hussein suscitant tristesse et affliction. Sa présence dans les lieux coïncida avec la venue des membres de la famille d’Al Hussein, qui, sur leur route vers Médine l’Illuminée, avaient fait le détour par Kerbela, pour rendre visite aux tombeaux des martyres de Ahl Al Bayte et des Compagnons de Al Hussein. Ils eurent une entrevue avec lui, au cours de laquelle, ils l’informèrent de ce qui s’était passé, ce 10 Moharram. D’où, l’appellation de cette visite, “visite des quarante”, ou de la quarantaine, soit quarante jours après le martyre d’Al Hussein.

 
Visite des quarante, aujourd’hui


Cette visite diffère des autres au niveau de ses rituels et ses traditions.


 Une des caractéristiques qui la distingue des autres visites, est sans doute le fait que les visiteurs viennent à la ville sainte à pied des différentes provinces du pays. Les habitants du sud de l’Irak sont les premiers arrivants, particulièrement ceux de Bassora qui parcourent 500 km en dix jours, marchant le jour et dormant la nuit dans des zones d’accueil préparées par les habitants de ses régions. Ces derniers offrent la nourriture, les médicaments et services de soins aux pèlerins, notamment le traitement des gonflements des pieds suite à la marche. Les visiteurs connaissent habituellement leurs hôtes qui les accueillent chaque année. Ainsi, après avoir passé la nuit, ils repartent le matin, pour arriver avant le 20 Safar.


Les visiteurs venant de la capitale Bagdad et de ses environs, prennent la route trois à cinq jours auparavant, traversant des zones chaudes; la dernière ville où ils se reposent étant Al Massayeb, située à 65 km de Bagdad et à 35 km de Kerbela. De-là, il ne reste que quelques heures de marche pour atteindre cette dernière. Habituellement, ils partent juste après la prière du Fajr (aurore) et arrivent à la ville sainte l’après-midi ou le soir. Parmi, les images habituelles de ces masses de marcheurs, on peut signaler celles d’handicapés venant sur leurs chaises roulantes, ou appuyés sur leurs béquilles ou aidés ou transportés par leurs amis ou parents.


Quant à ceux qui ne peuvent pas parcourir la distance à pied, ils prennent des voitures jusqu’à “Aoun”, situé à 10 km de Kerbela. De là, ils vont à pied jusqu’à la ville sainte. Cette zone est ainsi fortement bondée, car tous le visiteurs y convergent. De l’extérieur de l’Irak, les visiteurs viennent habituellement de l’Iran, à pied, de la frontière jusqu’à la ville sainte de Nadjaf, où ils visitent le tombeau de l’Imam Ali, avant de prendre des voitures pour Kerbela.

 
Cortèges de deuil


Le rituel observé à l’occasion de la quarantaine du martyre de l’Imam Al Hussein et du retour de sa famille du Cham, consiste en la constitution par les visiteurs de cortèges de deuil qui marchent près de la zone des sanctuaires, dont les chœurs augmentent en intensité à mesure de l’approche des tombes.


Ces cortèges sont organisés suivant les provinces d’origine.


 Ainsi, le premier cortège qui ouvre la saison est celui de Bassora, la province la plus éloignée qui bénéficie d’un traitement spécial. Au sein du cortège de la province, il y a des sous-groupes représentant les zones, les tribus ou les métiers.


Chaque cortège porte un étendard spécifique comportant sa dénomination ainsi que des drapeaux multicolores. A sa tête on trouve les notables ou les « nobles » (descendants du Prophète) et les religieux. Le reste des participants se constitue en groupes et se frappent le buste, en récitant des poèmes de l’occasion, que leurs avait appris le « conseiller», appelé « Arradoud ». Dès que le premier groupe termine sa récitation, il laisse la place au second ; et ainsi de suite. Les autres cortèges prennent des chaînes en fer, appelées « Azenjil», et se flagellent avec le dos au rythme de la voix du «Arradoud », ou du tambour.


En dépassant la zone environnante de la tombe d’Al Hussein, le cortège entre à l’esplanade du mausolée par une porte réservée et y reste quelques minutes afin de permettre aux autres cortèges d’accéder à la tombe, et sort par une autre porte. Après, il traverse la zone entre les deux tombes, dont la superficie est de 350 m, pour atteindre la tombe d’Al Abbas et sortir par la suite par une porte réservée. Ainsi, il se retrouve à la zone de départ, effectuant son circuit. Ces cortèges suivent un ordre précis, garantissant une parfaite coordination de leurs mouvements et un timing préétabli.

 
Cortèges de deuil de l’extérieur de l’Irak


Outre les cortèges irakiens, cette ville reçoit à cette occasion des cortèges de deuil du Bahreïn, de Oman, de l’Iran, de l’Inde et d’Afghanistan.
Le cortège des indiens résidants en Grande-Bretagne est peut-être le plus attendu par les habitants de la ville, car ils ont une façon particulièrement émouvante d’exprimer leur deuil à cette occasion. Il y a aussi de nombreux visiteurs de tous les pays musulmans qui viennent célébrer cet événement.

 
Qu’offre la ville à ses visiteurs?


Aucune ville, quelque soit le niveau de ses services, ne peut absorber un si grand nombre de visiteurs. Aussi, les habitants ont-ils transformé leur ville en une sorte de complexe de services pour accueillir ces visiteurs : les rues sont devenues des restaurants, les trottoirs des hôtels, les repas sont servis gratuitement 24h/24h.


Pour les cortèges, on a exploité le moindre espace de la ville pour leur réserver une place, tant à l’intérieur de ce qu’on appelle “Takkiya” ou dans les terrains vagues. Où on offre l’alimentation aux visiteurs, qu’ils soient de leur région ou d’une autre. La région la plus célèbre offrant la nourriture, est «Modif Abbas » qui se distingue par un goût spécifique. D’où, une longue file de visiteurs attendant leur part, pour bénéficier de la baraka .

 
Le fleuve sacré


Le bain dans l’affluent, appelé « fleuve Al Alqami », considéré comme un reste de l’Euphrate, où se déroula une bataille, est l’un des rituels effectués par les visiteurs, notamment ceux qui sont venus à pied. Ils prennent exemple sur le Compagnon Jaber Ben Abdullah Al Ansari qui, lors de sa visite de la tombe d’Al Hussein, s’était baigné dans  l’Euphrate. En outre, ils se reposent après le parcours de dizaines de kilomètres à pied.


Cet affluent se situe à l’entrée menant aux mausolées d’Al-Hussein et d’Al Abbas, dans la zone appelée « Bab Bagdad », sur la droite en venant de la capitale, juste après un lieu appelé « Maqam al Mahdi », au milieu duquel il y a un petit pont pour les piétons.


Du fait de leur épuisement par la marche, la plupart des visiteurs se baignent dans le fleuve ou mettent leur pied dans l’eau, ou font leurs ablutions avant de se diriger vers le mausolée situé à 500 m environ. De nombreux visiteurs remplissent de petites bouteilles, à la demande de certaines gens en vue de la baraka ou de la guérison. En raison du gigantesque patrimoine accumulé par les gens à travers l’histoire, au sujet du drame de Kerbela, de nombreux récits, mythes et croyances ont été développés sur ce fleuve. Ainsi, certains rédigent des lettres où ils exposent leurs problèmes personnels, ou pour demander la réalisation de quelque chose et ils les jettent dans le fleuve.


Aussi trouve-t-on les rives de cet affluent bondées de gens, notamment de femmes qui sont plus réceptives à ces croyances, et de nombreuses feuilles blanches flottantes.

 
Que se passe-t-il à l’intérieur des 2 mausolées


Les mausolées d’Al Hussein et d’Al Abbas, distants de seulement 350 m, sont toujours ouverts. Leur esplanade, pavillon, sanctuaire sont en permanence bondés de visiteurs.


Seul un petit espace à l’entrée est réservé pour les cortèges de deuil qui restent quelques minutes à l’intérieur de l’esplanade, durant lesquelles s’intensifient les lamentations et l’auto flagellation par les «Zanajil », ainsi que les chants populaires appelés « al Hawsat », louant les qualités de l’Imam Al-Hussein et son frère Al Abbas et affirmant la continuité de sa méthode.


Ces cortèges ne sont pas autorisés à entrer au sanctuaire, réservés pour les rituels des visites, et pour la récitation du Coran et la prière. Il est difficile de parvenir à la grille entourant les tombes des deux Imams pour la toucher ou l’embrasser, comme cela se faisait habituellement. Avec l’énorme foule, un grand nombre de visiteurs effectuent leur visite de l’extérieur du mausolée.

 
Attachabih


La représentation des séquences du retour de la famille d’Al Hussein du Cham, appelée «Attachabih», est l’un des rituels qui attirent l’intérêt des visiteurs et les touchent. On équipe des chevaux et des chameaux et on prend des éléments représentatifs de ce qui s’était réellement passé lors du voyage de Damas à Kerbela.


A l’avant-garde de ce cortège, on trouve des gens portant les habits et les épées des soldats de cette époque, certains sur des chevaux, d’autres marchant près des femmes de Ahl al Bayt. A la tête de ces derniers vient l’Imam Ali Ben Al Hussein Zine El Abidine, les mains ligotées, entouré de garçons et de filles aux visages couverts.


Ensuite viennent les chameaux; le premier portant Zaynab Bent Ali, la sœur d’Al Hussein, puis les autres avec les épouses et filles d’Al Hussein, de ses frères et ses amis. Tous entourés de soldats, à leur tête leur chef à la tenue rouge le distinguant des autres soldats. Au passage de ce cortège devant les visiteurs, un flot de lamentations, de pleurs et de cris s’élève parmi les femmes en particulier, donnant un spectacle émouvant. A la fin, les visiteurs s’attaquent aux soldats, notamment à leur chef, allant jusqu’à l’insulter, cracher sur lui, voire à l’agresser, en signe de dénonciation de son abjecte boulot.


Après la visite des cortèges et des visiteurs individuels, commence l’autre voyage, celui du départ de cette ville. Des camions sont chargés des équipements et des camionnettes transportent les visiteurs qui avaient passé au moins 5 jours dans cette petite ville.

 

Source: Tourisme Islamique no27

 

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